HOMMAGE À LA MINERVE ET L'EURYDICE

LES OUBLIES
 
LES MARINS ONT DU CŒUR
 

 
Le soleil dansait sur la rade
Sur l'eau verte et bleue de jade,
Filait un long submersible
Ténébreux, quasi invincible.

Dans ses flancs il emportait
Toute une jeune humanité,
Chers matelots disparus,
Aujourd'hui j vous salue...

J'entends encore le long sifflement
De l'air dans les ballasts hurlants...
Ils ont dû aussi l'entendre crier
En ce triste jour de Janvier...

Je n'écris pas ces mots en vain
J'ai vécu sur les sous-marins,
Je veux à la face du monde hurler
La douleur des marins oubliés!

Si dans mon âme je conserve
L'image claire de la Minerve,
Ne croyez pas que je sois fou
C'était un univers à nous...

La grande bleue clapote encore
Toujours belle, vibrante et sonore,
Gardant au fond des abysses
Le souvenir de l'Eurydice...

Pédro.
L'étrave s'enfonçait dans la brume
Fendant les flots et l'écume
Donnant au submersible
Un aspect durement terrible...

Je vivais encore en ces temps-là
mon premier embarquement
Ce qui était sûrement déjà
Le plus beau sacrement...

Les lumières sur l'océan
Des étoiles du firmament,
Frappaient l'enfant
Presque adolescent...

Je ne saurais pas dire
Et moins encore l'écrire,
Je ne pensais pas aux armes
Ne connaissais pas les armes...

J'aimais la mer et son mystère
Le grand air pur et violent
Puis les plongées austères
Tout au fond de l'océan...

Si jamais encore je pouvais
Je dirais toujours que j'étais,
Malgré tant de drames
Sous-marinier dans l'âme...

Je vous entends médire
Patriciens imposteurs,
Vous pouvez bien en rire
Les marins ont du cœur....

Pédro.
Une aussière dans l'eau
Et s'éloigne le bateau,
Les moteurs qui rugissent
Les regards qui glissent...

Bientôt il disparaît
Au bout de la jetée,
Reste un vide sur le quai
A l'endroit où il était...

Tout à l'heure il va tanguer
Sur la longue houle rouler,
Je crois encore pouvoir dire
Ce qu'ils vont ressentir...

Puis ils seront oubliés
Perdus dans l'immensité,
Ces marins qu'on ignore
Aujourd'hui plus encore...

Mon cœur est avec eux
Toujours à l'écoute,
Du souvenir douloureux
Enflammé par le doute....

Pédro