ADVERSAIRES

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Connaître son Ennemi (adversaire), c'est se protéger de lui. Il est primordial pour un sous-marin de se fondre dans la mer et savoir se faire oublier. C'est le point fort d'un bâtiment bien conçu, d'un équipage bien entrainé et surtout d'un commandant sachant se terrer derrière les couches d'eau de différentes températures et de salinité. Le bon pacha conduira toujours son bâtiment à la victoire. Croire en lui est primordial pour l'équipage qui doit en plus avoir une confiance indéfectible à tous ses compagnons embarqués. C'est pour cela qu'on est particulier mais pas fou, simplement enthousiaste. C'est un honneur de servir à bord des bateaux noirs.

Les adversaires du sous-marin sont nombreux, il peut être détecté par bâtiment de surface, avion, hélicoptère ou sous-marin. Les moyens mis en œuvre sont principalement la vue, le radar, le sonar et l'écoute passive dont la portée varie de un à plusieurs dizaines de nautiques1.

Le sous-marin doit limiter les indiscrétions optiques (périscope, fumée, bulles d'air, graisses, eaux sales, ordures, etc...), acoustiques et magnétiques. Il doit éviter le chant ou la cavitation des hélices, isoler de la coque les auxiliaires bruyants au moyen de suspensions élastiques, contrôler l'arrimage du matériel et des tuyautages en superstructure2. Il doit être contrôlé régulièrement pour annuler son champ magnétique.

Lorsqu'il est en surface ou à l'immersion périscopique, les bâtiments de surface possèdent des radars ayant d'excellentes performances, ils "crochent" un schnorchel par mer calme jusqu'à 10 nautiques (près de 18 km). Avec leurs sonars, ils peuvent prendre contact avec un sous-marin jusqu'à 2 nautiques et le suivre jusqu'à 3 nautiques. Certains sonars basse fréquence ont des portées dépassant 10 nautiques.

Les avions à la vue ou au radar peuvent détecter un schnorchel à plusieurs dizaines de nautiques par mer calme. Par transparence (jusqu'à 30 m) par beau temps ou par ses indiscrétions lorsqu'il est en plongée. Une fois détecté, ils le pistent en plongée par des bouées sonores.

Les hélicoptères cherchent le sous-marin grâce à un sonar qu'ils immergent jusqu'à 40 mètres. Ils peuvent bien évidemment détecter toutes indiscrétions.

Les sous-marins de chasse disposent de tous les appareils de détection des autres sous-marins. La recherche se fait principalement en veille microphonique donc discrètement sans que le sous-marin chassé s'en aperçoive.

Tous ces adversaires disposent d'armes variées pour couler le sous-marin : torpilles autoguidées ou filoguidées, engins téléguidés à trajectoire aérienne puis sous-marine, projection de grenades classiques ou atomiques.

Pour assurer son invisibilité, le sous-marin reste immergé le plus longtemps possible. Possibilité de plongée longue durée en économisant l'électricité (vitesse lente), équipage actif au minimum, le reste à dormir (la régénération de l'air en plongée est résolue de façon satisfaisante). Lorsqu'il utilise ses périscopes, il doit les sortir le moins longtemps et le moins haut possible. La partie haute du périscope de combat est munie d'une filière torsadée anti sillage. Au schnorchel, l'échappement des diesels se fait sous l'eau. Ils sont réglés pour donner une fumée la moins dense possible et transparente. Pour éviter la vue par transparence, la coque est peinte en couleur sombre (noir, bleu ou vert foncé). Des précautions sont prises pour éviter les indiscrétions visuelles : huile HP miscible et de densité supérieur à celle de l'eau de mer, caisse d'expansion dans les soutes extérieures, graisses non flottante, absorption de l'air au lancement des torpilles, restrictions pour l'assèchement des cales (en ballasts), des poulaines3, pour la manœuvre des purges, lestage des sacs à ordures.

Plus un sous-marin descend profond, plus il est silencieux et plus il est difficile à attaquer. Le sous-marin doit être silencieux pour ne pas gêner sa propre veille à l'écoute. Les bruits produits par un sous-marin sont de trois sortes :

1) Les bruits d'hélices, elles peuvent "chanter" si elles présentent de légères aspérités. A partir d'une certaine vitesse, lors de changement d'allures brutaux, les hélices peuvent donner de la cavitation (naissance de bulles de gaz autour de l'hélice). Pour éviter la cavitation, il faut descendre profond lorsqu'on veut aller vite et faire des variations d'allure progressives.

2) Les bruits intérieurs au bord : les moteurs et auxiliaires sont montés sur des suspensions élastiques (parfaitement entretenues et jamais peintes) pour ne pas transmettre de vibrations à la coque. Certains tuyautages sont reliés par des flexibles pour éviter le phénomène appelé "coup de bélier" bruyant et pouvant causer des ruptures. Les chasses et purges d'air sont munies de silencieux.

3) Les bruits d'appareils extérieurs : tout le matériel extérieur doit être soigneusement crampé ou arrimé. Ces dispositions sont vérifiées avant chaque appareillage.

L'efficacité des mesures précédentes est contrôlé périodiquement au polygone d'écoute sur lequel, à la suite d'essais statiques (bâtiment en plongée pendu à deux coffres) et en route libre, sont établies les fiches de silence du sous-marin. En service courant, des micros de cavitation permettent de surveiller les bruits d'hélices et des micros de superstructures sont destinés à déceler des bruits anormaux. .

Il reste un point important c'est le champ magnétique propre du sous-marin produit par le circuit électrique des batteries. A ce sujet, les connexions entre accumulateurs sont disposées de manière à réduire ce champ. Il est impossible d'y parvenir complètement. Pour le rendre moins sensible au MAD4, aux mines et aux torpilles à mise de feu magnétique, on le neutralise en produisant autour du bâtiment un champ magnétique inverse... C'est l'opération de démagnétisation. 

1 - Un nautique = 1852 mètres.
2 - Les superstructures forment le pont et la passerelle abri de navigation au dessus de la coque épaisse. Principalement ce qui dépasse de l'eau lorsque le sous-marin est en surface.
3 - Les poulaines sont tout simplement les toilettes.
4 - MAD : Moyen de détection par un avion utilisant la variation du champ magnétique créé par le sous-marin.