HABITABILITÉ

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Vu le faible espace disponible, les installations d'habitabilité ne sont pas aussi confortables qu'elles devraient l'être en raison des longs séjours à la mer (1 à 3 mois) que le sous-marin peut effectuer. Seul le commandant dispose d'une chambre. Les parquets sont antidérapants. Les peintures sont étudiées pour éviter la fatigue des yeux.

La vie à bord d'un sous-marin est conditionné pour permettre à l'équipage d'y vivre pendant un temps relativement long sans que cela ne perturbe leur horloge interne. La première chose, la notion de jour et de nuit, elle est scandée par des tubes fluorescents blancs de jour et un éclairage rouge de nuit. Ceci est important pour que l'équipage embarqué ne perde pas cette notion. Cet éclairage est également étudié pour éviter la fatigue des yeux. Il y a un éclairage individuel au dessus de chaque couchette.

Il y a deux couchettes métalliques pour trois hommes (bannettes chaudes). L'homme quittant sa bannette pour prendre le quart sera remplacé par un autre qui termine le sien.

L'hygiène, bien que réduite, 10 litres par homme et par jour (en théorie), permet de maintenir un minimum de dignité. Bien que de l'eau douce soit prévue pour les besoins élémentaires rasage, lavage des dents... La douche, c'était à l'eau de mer avec un savon spécifique sinon pour la mousse, tu peux te brosser Martine.

L'alimentation est à base de conserves, de vivres déshydratés, congelés et surgelés. Le sous-marin possède une cambuse et deux ou trois chambres froides (une à +2° ou +4° pour les légumes et les fruits frais, une à -12° pour les congelés et éventuellement une à -18° pour les surgelés). Le vin est logé dans des caisses en acier vitrifié. La cuisine fonctionne à l'électricité. L'installation comporte des autocuiseurs, un four (permettant la cuisson du pain), une sauteuse friteuse, un percolateur, une patateuse et un batteur-mélangeur (servant également de pétrin). La ventilation de la cuisine se fait par dépression en aspirant dans une hotte placée au-dessus des marmites.

Les poulaines, bin ! On a tous des besoins naturels à satisfaire, c'est le lieu où on va déposer le bilan... Les chiottes quoi ! Au nombre de deux, elles sont équipées d'un sas pour être vidées à toutes les immersions. Chaque sas comporte une vanne extérieure et une vanne intérieure. Une sécurité empêche l'ouverture simultanée des deux vannes. La vidange du sas se fait par chasse d'air et éventuellement par pompe d'assèchement. Je n'expliquerais pas ici le fonctionnement de cet outil indispensable qui est prévu pour être efficace en plongée. Bref ! Une usine à gaz qu'il faut très vite apprendre à manipuler et ne pas attendre sa première diarrhée sinon, trop tard.

Les ordures sont les résultats d'une consommation et à bord, nous sommes un équipage au complet qui doit se nourrir et boire. Ceci entraîne la gestion des ordures ce qui n'est pas une mince affaire. Nous avons un sas vide-ordures qui permet l'évacuation en plongée. Les ordures sont empilées (après écrasement des boîtes) dans des sacs lestés pour couler après leur expulsion. Une sécurité empêche l'ouverture simultanée des deux portes. En surface il faut jeter les sacs par dessus bord qui dans tous les cas sont lestés (discrétion). Je vous invite à lire les brèves de Pedro.

La ventilation est nécessaire pour donner un certain "confort" en brassant l'air et en la renouvelant au schnorchel ou en surface. Elle permet d'amener de l'air frais à l'intérieur et d'évacuer à l'extérieur l'air vicié par la respiration du personnel (CO²) ou par les gaz toxiques (batteries principalement, gaz d'échappement). Elle élimine les mauvaises odeurs (poulaines, cuisines) et la chaleur (dégagée par les diesels, les installations électriques). En plongée, la ventilation permet de brasser l'air pour éviter les trop fortes concentrations de gaz nocifs (Hydrogène, CO²), et en particulier lors des opérations de régénération pour distribuer l'oxygène dans tout le bord.

La régénération de l'air est nécessaire en plongée pour absorber le CO² et remplacer l'oxygène consommé par la respiration de l'équipage. On élimine le CO² en faisant passer l'air dans des absorbeurs (IR8) et on produit l'oxygène en brulant des chandelles (composés chimiques).

Le chauffage si nécessaire est assuré par des radiateurs électriques. L'air conditionné présent à bord est un artifice que nous n'avions pas toujours l'impression de ressentir. Les électros et les mécanos au compartiment propulsion en savait quelque chose. En été, en surface par jour ensoleillé, ils flirtaient avec les 60°. Mais il ne valait guère mieux dans les autres compartiments, même si la température était plus basse, il y faisait très chaud... jusqu'au moment où le Pacha ordonnait la plongée... Quelle soulagement, le supplice était terminé... L'air conditionné remplissait son rôle pour absorber en particulier la chaleur des batteries et des groupes de propulsion.

Les sous-marins disposent d'une machine-outil à usage multiples (tour, fraiseuse, perceuse) et d'un poste de soudure autogène. Pour des raisons de sécurité les bouteilles d'oxygène et d'acétylène sont entreposées à l'extérieur. 

En mer les journées s'organisaient au gré des exercices, des transits... Lorsque l'après-midi était calme, nous montions le projecteur, l'écran et nous nous faisions une séance cinéma... Le commis et le cuistot très prévenants avaient fait le plein de friandises et de plaques de chocolat... Nous avions le droit de nous égarer un instant dans le rêve d'un scénario.

Pour passer le temps, des concours de tarots s'organisaient avec l'aval des officiers... Parfois le vin chaud était de la partie pour remonter le moral de l'équipage. De temps en temps un plus était offert par le commandant.

Ce que je peux dire c'est que j'ai vécu des moments fantastiques. Jamais ailleurs je n'ai retrouvé l'esprit de camaraderie, le respect des uns envers les autres... La confiance... Ceci est indescriptible, et surtout, incompréhensible par celles et ceux qui n'ont jamais fait partie de cette élite.

L'habitabilité d'un sous-marin est un tout fait de techniques, de connaissances, d'acceptation, de discipline et au final un engin sophistiqué et un équipage qui ne font qu'un. Tout à bord était optimisé. Les impératifs de poids, d'équilibre machine + équipage et la flottabilité. Tout cela pour dire qu'il ne fallait pas faire le difficile pour être sous-marinier. Ce fut un honneur de servir à bord des bateaux noirs.